Sur le plateau de Niederthai, il est des lieux seulement connus des gens du coin. Certains nous les révèlent. Parmi eux : nos hôteliers Steffi et Peter Falkner de l’hôtel Falknerhof.

Sur le balcon ensoleillé de la vallée Ötztal

Il y a un peu moins de 10 000 ans, d’énormes masses de roche déferlèrent depuis Köfels dans l’Ötztal. Dans leur élan, elles remontèrent du fond de la vallée jusqu’à son flanc et créèrent le haut plateau de Niederthai et sa crête boisée, le Tauferberg.

Ainsi donc naissait le balcon ensoleillé de la vallée Ötztal. Une route aux 15 virages nous y emmène. À Niederthai, l’accueil se fait par un « Griass di » et l’aurevoir par un « Pfiat di ». Car ici, la tradition n’est pas un vain mot. Et hors de question de se vouvoyer ; ici, on se tutoie. Inutile également de chercher à se plier pour Niederthai ; restons comme nous sommes et les gens nous aimeront.

Bien vite, de notre propre chef, nous allons couper le « cordon numérique » qui nous lie au reste du monde et nous autoriser un retour aux sources. Église de Niederthai © DagmarGehmJusqu’à ce que nous réalisions combien la terre nous avait manqué.

Des endroits gardés secrets…

Sur ce vaste plateau entièrement encadré par des montagnes boisées, pas un seul hôtel ne manque d’une vue à couper le souffle. Chaque fenêtre, chaque balcon s’ouvre sur un immense panorama. On voudrait bien prendre d’assaut chaque sommet qui nous entoure, mais la pratique nous manque. Et puis il faut s’habituer à l’altitude :
1.538 mètres. Alors pour commencer, on préférera être pris par la main – enfin, façon de parler, bien entendu.

Certains Niederthies l’ont d’ailleurs compris et se sont réunis autour d’une idée commune : nous emmener dans leurs endroits préférés – des endroits dont seuls eux ont connaissance. S’ils le font, c’est aussi parce qu’ils tiennent à nous laisser une place dans ces lieux. Des lieux qui les inspirent et leur redonnent force et énergie. Pour le côté aventureux ou bien contemplatif. Des lieux variés et captivants. Parfois, la destination est très proche ; souvent, elle ne peut être atteinte qu’après quelques efforts ; et d’autres fois, c’est le chemin lui-même l’objectif à atteindre. Mais tous ont en commun une chose : leur décor est parsemé d’extraordinaires points de vue, telles des invitations à stopper le rythme, s’imprégner de l’instant et se laisser ressourcer par l’endroit.

Roses des Alpes, plateau de Niederthai, vallée Ötztal © Hotel Falknerhof

La richesse dans la simplicité,
la force dans le silence…

L’amour et le silence – il n’en fallut pas plus à la Sarroise Steffi Falkner pour s’installer à Niederthai à la fin des années 1990. Elle y a suivi son mari Peter, avec qui elle partage beaucoup : un hôtel dont ils tiennent ensemble les rênes, un fils à qui ils transmettent ce même amour pour la nature et une passion commune pour cette région, où elle a trouvé ce à quoi elle aspirait :
la richesse dans la simplicité.

Peter Falkner tient à nous faire comprendre que personne ici n’attend de nous la moindre performance : « De nombreux vacanciers cherchent à tout prix à collecter le plus grand nombre de tampons sur leur carte de randonnée et courent après l’instant parfait. Mais il faut aussi savoir rester là, dans le calme, et laisser la force des paysages agir sur soi ».

L’endroit pour lequel le cœur de Steffi bat

Le lieu préféré de Steffi est un endroit tout droit sorti d’un livre de contes de fées. Avec d’anciennes cabanes, un abreuvoir en bois rempli d’une eau de source fraîche, un petit étang glacé et des cerfs qui broutent dans la clairière immaculée, l’Untere Hemerachalm – ou « l’alpage inférieur Hemerach » – brille d’un vert clair au printemps, de multiples couleurs en été et d’un éclat rouge à l’automne que forment de concert la bruyère, les myrtilliers et les airelles. Mais il n’y a pas que la couleur qui change ; avec elle évolue aussi l’odeur de la forêt, surtout à la fin de l’été, quand les baies et les champignons arrivent à Sur l'alpage inférieur Hemerach, clairière, Niederthai, Ötztal © Dagmar Gehmmaturité. Un refuge fait de poutres sombres est ouvert à toutes celles et tous ceux qui souhaiteraient y rester. Dormir sous les étoiles, se réveiller avec le chant des oiseaux, découvrir la clarté cristalline du matin : « voici le véritable luxe à nos yeux ».

Mais pour accéder au paradis, il semble que les dieux aient souhaité nous mettre au défi. Car le chemin est abrupt. Il monte à travers une forêt dense de conifères. Heureusement, des marches ont été installées : avec elles, l’ascension sera certes rude, mais sans aucun danger. Une fois arrivés, inutile de le dire ; on le sent, tout simplement. L’épreuve touche à sa fin quand le sentier soudain débouche sur elle : cette clairière cachée, qui, par son aspect si pur, si intact, nous laisserait gentiment croire que personne avant nous ne l’a foulée. Telle une ambroisie, l’eau cristalline se laisse boire avec dévotion. Elle porte le goût de l’effort.

« Ce sentier, je l’ai parcouru enceinte, puis avec mon fils Luis en écharpe, et plus tard, sur mon dos. » Steffi y emmène aussi d’autres enfants : « les filles font des couronnes de fleurs, les garçons ramassent des coléoptères […] et construisent des cabanes avec des branches ».

Celui dont nous parle Peter

Chasseur passionné, Peter Falkner est toujours à la recherche d’endroits d’où il pourra observer le gibier sans être vu. C’est ainsi qu’il a fait sien un lieu très particulier, véritable havre de paix caché de tous : une chaire de chasse haut perchée, appuyée contre un petit rocher, offrant une vue dégagée sur la vallée. Même si le point de vue profite désormais aussi aux randonneurs, la chaire elle ne peut être retrouvée que de lui seul.

L'endroit préféré de Peter Falkner, l'alpage supérieur Hemerach © Steffi Falkner

Il lui arrive souvent d’y emmener quelques amis. Mais la plupart du temps, Peter y va seul. Et il s’y rend généralement avant le lever du jour

Cet endroit est lié à celui de son épouse, puisqu’il s’agit de l’alpage supérieur Hemerach. Pour le rejoindre, il poursuivra son chemin au-delà de cette large ceinture forestière qui les sépare. La montée est bien raide elle aussi, mais après une bonne heure de marche, il y est : « Je suis toujours surpris de voir à quel point les apparences sont trompeuses. […] De la vallée, les rochers au-dessus de la limite de la forêt semblent abrupts. Aux yeux de ceux qui ne les connaissent pas, ils paraissent hostiles et dangereux ; pour les novices, les parois escarpées semblent même impraticables. Pourtant, dès que nous prenons les chemins non balisés, nous découvrons de belles clairières, semblables à celle de l’alpage inférieur Hemerach. Un nombre incroyable de sols verts et lumineux où le gibier fait halte ».

S’il l’a choisi, c’est parce qu’il s’y sent comme en-dehors du monde. L’endroit possède une aura unique, que d’autres ont su voir également… « Le petit coq de bruyère est un oiseau si timide qu’on dit qu’il a un œil sur chaque plume. Une fois, Steffi et moi étions assis sur la chaire. Nous étions parfaitement silencieux, comme tout bon chasseur. Soudain, un petit coq de bruyère est arrivé et s’est posé juste à côté de nous, comme s’il ne nous avait pas remarqués du tout ».

L'endroit préféré de Peter Falkner, l'alpage supérieur Hemerach, Niederthai, vallée Ötztal © Steffi Falkner

« Savoir rester là, dans le calme… »

 

 

 

 

 

 

 

 


Crédit photos : Dagmar Gehm, Steffi Falkner

Facebook
Twitter
Pinterest